Pôle Emploi vient donc d'annoncer une nouvelle baisse du chômage pour les chômeurs de catégorie A, du jamais vue depuis 2008.
Véritable miracle de noël qui permet à Manuel Valls de triompher juste au moment de la primaire organisée par le parti socialiste.
Mais à part les plus jeunes enfants qui croient encore au Père Noël impossible de croire à la réalité de cette baisse du chômage compte tenu, entre autre chose, du renoncement de François Hollande à se présenter pour un second mandat.
Mais François Hollande ne s'est il pas trompé en renonçant ? Ne connaissons nous pas aujourd'hui une véritable baisse durable du chômage en France ?
Hélas non. On doit écarter cette hypothèse si l'on en croit les analyses des économistes et experts proches ou membres du parti socialiste et du gouvernement.
En effet les experts et économistes proches du gouvernement ne cessent de dire et d'écrire que la France ne peut pas créer d'emplois si son économie ne connait pas une croissance au moins égale à + 1,5 %. C'est mathématique et indiscutable. C'est d'ailleurs ce qui explique l'échec de la période 2012 – 2013 et justifie le changement de politique en faveur du pacte de responsabilité. La règle est simple et absolue, sans une croissance de + 1,5 % il ne peut pas y avoir de création d'emplois et donc de baisse réelle et durable du chômage.
Comme il est inconcevable que des experts ou économistes proches du gouvernement puisse se tromper ou mentir (salut Jerôme Cahuzac …) on ne peut pas avoir de baisse du chômage sans croissance égale à + 1,5 %.
Le problème c'est que justement la France ne connait pas une telle croissance, celle-ci devant s'établir entre 1,2 et 1,4 % pour 2017, et donc il est impossible mathématiquement, « socialistement » que le chômage baisse réellement.
Et pourtant il baisse. Comment est ce possible ? Les experts et économistes ce seraient donc fourvoyés ? Par quel prodige cela est il possible ?
Simple et cela n'a rien de magique. Le gouvernement a, tout simplement, planifié une baisse artificielle du chômage en France grâce à son abécédaire magique.
Pour comprendre il suffit de se souvenir que les demandeurs d'emploi sont classés en 4 catégories :
catégorie A : ceux qui n'ont aucune activité salariée ;
catégorie B : ceux qui ont une activité de moins de 78 heures par mois ;
catégorie C : ceux qui ont une activité de plus de 78 heures mais en CDD court ;
catégorie D : ceux qui sont en formation.
Aussi faute de pouvoir faire baisser réellement le chômage le gouvernement a donc décidé de faire passer les demandeurs d'emploi de la catégorie A dans les autres catégories dans le but de faire croire aux français que le chômage baisse réellement.
Et c'est exactement ce que l'on connait aujourd'hui. En effet, il est bien précisé que la baisse du nombre de demandeurs d'emploi enregistrée ces 3 derniers mois ne concerne que les demandeurs d'emploi de catégorie A. Le nombre de demandeurs d'emplois des autres catégories ne faisant qu'augmenter engendrant une hausse en réalité de + 0,5 % du nombre de demandeurs d'emplois toute catégories confondues.
Mais comment réaliser ce tour de force que même Nicolas Sarkozy 1er, le Grand, n'a pas résussi à faire ? Comment faire passer les demandeurs d'emplois de la catégorie A dans les autres catégories ?
Très simplement par le biais de l'argent. C'est tout simplement la perspective de percevoir plus d'argent qui incite les demandeurs d'emploi à passer d'une catégorie à une autre.
D'où la mise en place de la prime d'activité au 01er janvier 2016. Prime d'activité qui est une prestation qui offre aux travalleurs modestes (donc en temps partiel ou en CDD au smic), la possibilité, de recevoir une prime pour compléter leurs revenus et dont le bénéfice est conditionné à la situation familiale du demandeur. Autrement dit l'Etat, par le biais de la CAF, verse de l'argent aux salariés à temps partiel ou en CDD au smic dans le but que les demandeurs d'emploi acceptent de reprendre une activité à temps partiel ou en CDD et changent ainsi de catégorie passant de la cétégorie A à la catégorie B ou C. Si, grâce à la prime d'activité, un demandeur d'emploi gagne plus dans un emploi précaire à temps partiel que ce qu'il perçoit comme indemnisation chômage il va prendre le travail précaire à temps partiel.
Et voilà comment on fait passer plus de 130.000 demandeurs d'emploi de la catégorie A aux catégories B et C, à savoir en leur donnant de l'argent.
Et alors diront certains ? Où est le problème ? Il est préférable que les gens travaillent un peu plutôt que rien du tout. Sauf que selon les derniers chiffres la prime d'activité est perçue par plus de 2,37 millions de personnes et que faute de financement pérenne elle constitue une source de pouvoir d'achat précaire et artificielle pour les salariés qui en bénéficient. Car il faut rappeler que la prime d'activité ne compte pas pour le calcul des indemnités chômages. Dès lors si le gouvernement baisse ou supprime cette prime les salariés qui en bénéficient vont subir une baisse substantielle de leur pourvoir d'achat, de leur train de vie, sans que cela ne puisse être compensée par la perception d'allocation chômage. D'où une baisse sensible de la consommation des ménages et donc de la croissance. On a donc, pour faire baisser artificiellement le nombre de demandeurs d'emplois, transformés plus de 2,37 millions de salariés en assistés qui ne dependent plus de leur rémunération pour vivre (surtout avec le quasi gel du smic) mais d'une prestation sociale versée par l'Etat.
A l'inverse, si l'Etat ne veut pas baisser ou supprimer cette prestation pour ne pas impacter la consommation et donc la croissance il va bien falloir la financer. Ors, avec la tendance des salariés à'accepter des emplois précaires à temps partiel ou au smic plutôt que d'attendre un CDI à temps plein, le besoin de financement va être de plus en plus important pour devenir très vite insupportable pour les ressources de l'Etat les entreprises ne faisant pas l'effort de proposer des CDI à temps plein.
Impossible pour financer cette prime d'activité de puiser dans les ressources des assedic, l'unedic étant en déficit et voyant son déficit aggravé à la fois par le plan de formation voulue par le gouvernement et l'absence de négociations sur l'assurance chômage.
Oui car favoriser le passage des demandeurs d'emploi de la catégorie A vers les catégories B et C n'est pas le seul axe de la politique du gouvernement pour la baisse du chômage. L'autre axe c'est, bien entendu , l'envoi en formation de 500.000 demandeurs d'emploi, formations payées et financées par l'unedic. C'est cette fois le transfert vers la catégorie D des demandeurs d'emploi. La lettre D de l'abécédaire magique du gouvernement.
Mais cela n'empêche nullement de renégocier la convention relative à l'assuance chômage me direz vous ? Et bien non ce n'est pas possible à cause de la CFDT, CFDT seule et dernière alliée du parti socialiste aujourd'hui dans le monde syndical.
En effet la CFDT qui se présente comme un syndicat « réformiste » veux bien réformer mais à la condition que l'on ne touche pas au pouvoir d'achat et aux statuts de ces adhérents. Faut pas rigoler les sacrifices c'est pour les autres. Donc il est inimaginable d'augmenter les cotisations chômage sur les salaires ou de ne pas tout faire pour sauver les CDI pour la CFDT. D'où le fait que le CFDT souhaite imposer des cotisations chômages patronales dont le montant serait fonction de la durée du contrat conclut ainsi que le fait qu'il soit à temps partiel ou à temps plein. Le principe est simple plus le contrat est court (CDD d'une semaine ou d'un mois) et plus la cotisation due par l'employeur à l'assurance chômage est élevée. A l'inverse la cotisation est la plus faible pour un CDI.
Le but est justement de casser cette tendance à la précarité qui s'installe dans le marché du travail et qui pose les problèmes évoqués plus haut de financement ou de baisse massive de la consommation des ménages. Pour la CFDT il faut que les entreprises recrutent en CDI et non en CDD. Mais un vrai CDI c'est-à-dire un contrat dont la rupture peut être contestée en justice et non une simple démarche administrative avec paiement d'indemnités fixées selon un barême comme a tenté de l'imposer Manuel Valls dans la loi EL Khomri.
Seulement adopter une telle mesure c'est justement dissuader les entreprises de proposer des contrats précaires et donc de ne pas permettre le transfert des demandeurs d'emploi de la catégorie A vers les catégories B et C. Et c'est pour cela que le gouvernement a renoncé à toute renégociation de la convention d'assurance chômage se contentant de prolonger l'ancienne jusqu'aux prochaines élections.
Et voilà le tour de magie réalisé par François Hollande et Manuel Valls. Transférer les demandeurs d'emploi de catégorie A vers les catégories B,C et D grâce à la prime d'activité, le plan de formation et l'absence de renégociation de l'assurance chômage.
Le problème c'est que ce plan est une véritable « bombe à retardement » en terme de financement ou de continuation tant de plus en plus de salariés dépendent de la prime d'activité pour survivre et non pas simplement de leurs revenus salariés. Cette « bombe » est un « cadeau » pour le successeur de François Hollande qui devra décider s'ils précarisent tout le monde en abaissant ou supprimant la prime d'activité et les indemnités chômages et le CDI avec le risque de tuer la croissance ou s'ils pérennisent le système mais en davant lui trouver un financement par des impôts, taxes ou augmentation de cotisations.
Tout donc sauf un "miracle" ou un « cadeau » de Noël.