Le plan d'urgence pour l'emploi qu'est sensé annoncé François Hollande le 18 janvier 2016 est d'ors et déjà un échec tant il est cousu de fil blanc.
Les déclarations contradictoires de la Ministre du Travail en sont l'exemple frappant. Ainsi il y a 3 jours Myriam El Khomri annonce, chiffres à l'appui, que l'inversion de la courbe du chômage est impossible. Que la croissance ne permettra pas un nombre de création d'emplois suffisant pour permettre une baisse réelle du chômage. Aujourd'hui, la même dit exactement l'inverse...
Preuve s'il en est que le grand show du 18 janvier 2016 n'a que pour but que de faire croire aux français que la baisse des chiffres du chômage déjà inscrit à l'avance dans les logiciels de Pôle Emploi et de l'INSEE correspond à une baisse réelle du chômage en France, ce qui est loin d'être le cas.
On peut même dire que c'est exactement l'inverse et que le plan qui va être annoncé va réussir le tour de force de faire baisser les chiffres du chômage tout en accélérant le processus de dégradation réelle du marché du travail.
La raison en est simple. On assiste depuis plusieurs mois, quelques années à une très forte augmentation du chômage chez les seniors et une relative stabilité voir même une légère baisse du chômage des jeunes. La légalisation des ruptures conventionnelles et des plans de sécurisation de l'emploi couplée aux exonérations de charges sur les salaires permettent aux entreprises de faire partir leurs seniors moyennant des sommes d'argent relativement avantageuses les remplaçant, en partie simplement, par des jeunes en interim ou en CDD.
C'est un constat qui résulte de l'analyse de l'évolution des chiffres du chômage depuis plusieurs mois voir années.
C'est donc une tendance lourde qu'il faut enrayer si l'on veut qu'il y ait une baisse réelle du chômage en France.
Et bien le plan d'urgence pour l'emploi va faire exactement l'inverse et accélérer encore ce phénomène.
En effet l'une des mesures phares du futur plan d'urgence pour l'emploi va être l'introduction dans la loi d'un barème fixant les indemnités dues par l'employeur qui souhaite licencier sans motif un ou des salariés, barème qui dépendra de l'ancienneté du salarié dans l'entreprise.
Autrement dit cela signifie qu'un senior auquel on propose de partir moyennant une somme égale à ce barème ne pourra plus refuser puisque de toute façon s'il refuse il sera licencié. Le barème des indemnités de licenciement sans fondement est donc synonyme de chômage pour tous au moins une fois dans sa vie.
Le plan d'urgence pour l'emploi va accompagner cette mesure d'autres mesures facilitant encore cette tendance notamment avec une prime pour l'emploi dans les TPE / PME et surtout par les mesures en faveur de l'apprentissage qui va donner aux entreprises la main d’œuvre disponible pour remplacer les seniors partant avec, en plus, les exonérations de charges supplémentaires liées à la faiblesse du salaire de l'apprenti.
On voit ainsi que l'argument mis en avant par les libéraux et le MEDEF selon lequel cela n'amuse pas les entreprises de licencier, que les entreprises préfèrent recruter que de licencier est totalement faux. Les entreprises font ce qui est économiquement bon pour leur compétitivité et pour leur rendement. Le but d'une entreprise est de vendre, de conquérir des marchés et donc d'être compétitive. Aussi, si elle peut améliorer sa compétitivité en se séparant des seniors tout en les remplaçant par des jeunes en apprentissage ou avec des salariés au SMIC exonérés de charges elle ne va pas s'en priver.
Le plus grave c'est que la mise en place d'un barème d'indemnisation pour licenciement abusif déterminé en fonction de l'ancienneté va encore plus dissuader les entreprises de recruter des jeunes en CDI et, si elles le font, elle auront tout intérêt à les licencier assez vite pour les remplacer avant que le montant des indemnités ne deviennent trop important à payer.
Donc oui tout le monde a compris que l'on va baisser artificiellement les chiffres du chômage en envoyant 500.000 demandeurs d'emploi en formation et en augmentant le nombre de jeunes bénéficiaires du service civique mais là aussi au détriment des emplois dans le domaine associatif, social et public.
En effet pour parvenir à offrir 320.000 missions de service civique aux jeunes il ne faut pas que les missions que l'on souhaite confié aux jeunes en service civique soit déjà remplis par des salariés d'associations ou de collectivités. L'exemple type est la mission d'animation de quartier ou dans les maisons de retraites. Si l'on veut confier la mission à des jeunes d'animer les quartiers ou les maisons de retraite pour "rompre l'isolement des personnes âgées" et bien il ne faut pas que les mairies ou les maisons de retraite emploient des salariés pour faire de telles prestations. Ou alors elles vont supprimer les emplois correspondant pour les faire faire par des jeunes en service civique. Donc encore une suppression nette d'emplois.
Le plus grave dans tout cela n'est peut être pas que le gouvernement se plante en prenant de telles mesures. Non le plus grave c'est que le gouvernement, en procédant ainsi, prenne encore et toujours les français pour des imbéciles incapable de comprendre justement qu'on les manipule et de continuer a toujours voté pour eux...