François Hollande et Manuel Valls ont adoptés une stratégie pour ces départementales 2015 consistant à mobiliser l'électorat de gauche contre le Front National qui a semblé porté ses fruits au premier tour.
En effet, en ne parlant que du risque de voir le Front National prendre le pouvoir et non pas de sa politique catastrophique pour le pays, l'exécutif a réussi à limiter l'abstention massive et la désertion totale des électeurs du parti socialiste au premier tour de ces départementales. Cependant, avec cette stratégie et l'appel au front républicain l'exécutif a offert une victoire massive à l'UMP soutenu par les voix des électeurs socialistes lors des duels avec le front national et la gauche ne c'est pas du tout mobilisée pour voter socialiste en cas de duel avec l'UMP ou de triangulaires.
L'électorat de gauche est capable de se mobilier pour voter socialiste et même UMP pour éviter une victoire du front national mais surement pas de se mobiliser pour voter socialiste contre l'UMP. Autrement dit, si la stratégie anti front national peut permettre à François Hollande de passer le premier tour de la présidentielle mais pas d'envisager une victoire finale faute de report des voix écologistes et de gauche.
Aussi la stratégie pour l'emporter en 2017 parait simple : unir de nouveau la gauche sur la base de la lutte contre le front national en portant le droit de vote des étrangers ou le droit à la PMA pour tous mais avec qu'elle politique économique ?
C'est là le problème pour François Hollande, à savoir comment réunir la gauche en menant une politique ouvertement libérale et anti-environnementale ?
Pas simple surtout si l'on considère que Manuel Valls veut accélérer et amplifier les réformes libérales (loi Macron, licenciements facilités dans les TPE / PME, augmentation du temps de travail) et que la gauche et les verts, à commencer par les frondeurs, attendent justement une remise en cause de cette politique libérale.
Pas simple surtout qu'il y a urgence. En effet le congrès du parti socialiste est pour le mois de juin 2015 et le retour de la loi Macron à l'Assemblée Nationale prévue pour la même période. Aussi on ne voit pas comment les socialistes pourront donner l'image d'un parti uni et réconcilié si, dans le même temps, Manuel Valls utilise de nouveau le 49.3 pour faire adopter définitivement la loi Macron...
Idem pour les verts. On ne voit pas les verts validés la réforme du Code de l'Environnement inscrite dans la loi Macron et destinée à lever les obstacles et multiplier les projets disproportionnés comme Notre dame des Landes ou le barrage de Sivens.
Le discours sur l'arrivée future des résultats positifs en matière d'emploi comme incitation à s'unir en dépit des convictions des uns et des autres ne tiendra pas longtemps. Les mauvais chiffres du chômage pour le mois de février 2015 et le pessimisme dans le secteur privé (selon un sondage Ipsos publié ce lundi 30 mars dans "Le Figaro", les chefs d'entreprise sont pessimistes sur leur capacité à embaucher dans les six mois à venir (84%) ou sur une augmentation de salaire pour leur personnel (65%)) démontrent qu'il n'y aura pas d'amélioration significative sur le front de l'emploi dans les mois qui viennent. Les créations d'emploi dans le privé ne permettront pas de compenser la perte des emplois publics et associatifs, perte accentuée par la rigueur budgétaire qui va être mise en place dans les départements gérés par la droite.
On comprend mieux dès lors pourquoi François Hollande a débuté son opération "reconquête" dès hier soir en discutant avec Cécile Duflot. Reconquête qui ne va pas être simple car elle doit convaincre la gauche et les verts de soutenir la politique libérale menée par Manuel Valls dans le but d'obtenir éventuellement des résultats en matière économique et sociale pour se faire élire ensuite sur la base de ses résultats.
Pas sur que cela fonctionne. Tous les élus et politiques ne sont pas capables de sacrifier leurs convictions pour un portefeuille ou un poste. Du moins c'est à espérer...