Edito : |
" La très forte dégradation du marché du travail en mars ou chronique d'une catastrophe annoncée "
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Le chômage a donc augmenté au mois de mars 2014. Certes une augmentation en apparence contenue, + 1200 demandeurs d'emplois de catégorie A, mais c'est bel et bien une hausse et ce pour le troisième mois consécutifs après les hausses de janvier et février 2014.
Trois mois de hausse continue c'est bien le signe d'une tendance à la hausse du chômage et non une tendance à la baisse comme tente de le faire croire le gouvernement, gouvernement dont les actions contredisent totalement le discours.
En effet officiellement pour l'exécutif tout va bien. L'augmentation du chômage a tendance à baisser et le marché du travail est bien orienté, orientation annonciateur de baisse du chômage dans les mois à venir selon le nouveau ministre du travail François Rebsamen.
Problème, si tout va bien sur le marché du travail pourquoi cet affolement au plus haut niveau de l'Etat ? Pourquoi est ce urgent de réunir le Président de la République, le Premier Ministre, le Ministre du Travail, les Préfets et les représentants des collectivités territoriales en urgence ce lundi après midi sur le thème de l'emploi si tout va bien ?
En réalité les chiffres du mois de mars sont une catastrophe pour le gouvernement car ils montrent, comme annoncée, une dégradation longue et durable du marché du travail, dégradation résultant de la politique du gouvernement mené jusqu'ici.
Pour comprendre il suffit de prendre le constat fait depuis plusieurs mois, à savoir une baisse du nombre des demandeurs d'emploi de moins de 25 ans et, en revanche, une très forte hausse du nombre des demandeurs d'emploi seniors et l'allongement de la durée du chômage pour ses seniors.
Jusque là certains diront que cela ne fait pas de différence. Ce qui compte c'est que le chômage stagne voir baisse, peu importe que ce soit les jeunes qui profitent d'abord de l'embellie et pas les seniors. D'accord mais cela n'explique alors pas l'affolement de l'exécutif obligé de se réunir en urgence pour agir. Pourquoi cette urgence si le fait que les jeunes profitent de l'embellie du marché du travail et pas les séniors n'a pas d'importance ?
En réalité il y a urgence et cette urgence vient du fait de la loi de sécurisation de l'emploi a permis à un grand nombre d'entreprises de liquider un grand nombre de seniors moyennant de fortes indemnités de départ et avec un maximum de droits à l'assurance chômage. Le problème c'est que les seniors en question coutent très chers à l'assurance chômage et ils ne sont pas du tout pressés de reprendre une activité et en aucun cas une activité payée simplement au SMIC. Donc en ayant de plus en plus de demandeurs d'emplois indemnisés (les seniors) et non pressés de reprendre une activité l'assurance chômage ne parviendra pas à suivre financièrement et sera très vite en cessation de paiement. De plus, comme ces seniors restent longtemps inscrits comme demandeurs d'emploi ils constituent une masse structurelle qui empêche le nombre total des demandeurs d'emploi de baisser et qui amène même à l'augmenter à la moindre petite variation conjoncturelle.
C'est bel et bien ce phénomène, réel, qui panique l'Etat et qui provoque la réunion de lundi. Si on continue en effet à valider des plans sociaux créant des seniors non pressés de retrouver une activité et fortement indemnisés par les ASSEDICS le système sera rapidement en cessation de paiement et le nombre de demandeurs d'emploi ne pourra jamais baisser.
La réunion de ce lundi a donc comme objectifs de mobiliser les acteurs publics contre ce chômage des seniors, chômage qui devient structurel et menace de faire imploser le système. Le problème c'est qu'au cours de cette réunion ils vont se rendre compte qu'ils n'ont guère de solutions.
En premier lieu on ne voit pas les préfectures refuser des plans sociaux aux entreprises parce que ceux ci sont trop favorables aux salariés. Cela ne passera jamais. L'Etat s'est bel et bien piégé tout seul avec la loi dite de sécurisation de l'emploi véritable usine à fabriquer des demandeurs d'emploi n'ayant nullement intérêt à retravailler. D'ailleurs dans les faits les salariés se battent souvent pour partir contrairement à ce que l'on pourrait croire. Prenons l'exemple de La Redoute qui a tenu en haleine le public avec le refus de signer de la CFDT. Et bien il faut savoir que maintenant que c'est signé il y a trop de candidats eu départ. Faut dire qu'avec l'ancienneté certains vont partir avec un chèque de 100,000 euros plus 6 mois de salaire à 90 % puis 36 mois de prise en charge ASSEDIC.
Il va dont être demandé aux préfectures de mettre l'accent dans les plans de sécurisation sur la mise en place de cellules de reclassement avec, au besoin, l'aide matérielle de la préfecture pour reclasser les salariés partant. Problème les salariés qui partent partent sur une base volontaire donc on ne peut les obliger à passer par la cellule de reclassement, de plus on ne peut pas les obliger à accepter un travail déqualifiant et payé beaucoup moins que ce qu'ils avaient jusqu'ici. Pour les formations c'est pareil. Bon nombre de ceux qui partent sont des salariés qualifiés. Tout ce que l'on peut donc leur proposer ce sont des formations déqualifiantes pour devenir agent d'entretien ou de sécurité.
En effet le problème c'est que le CICE et le pacte de responsabilité exonère de toutes charges patronales les salaires au SMIC et de façon nettement moindre les autres salaires Les emplois qui sont crées sont donc des emplois précaires et payés au SMIC qui ne peuvent pas convenir pour des quinquagénaires qui paie une maison et les études des enfants et qui disposent d'allocations chômages supérieurs au SMIC.
Du côté des collectivités on va dire qu'on ne peut rien faire. On ne peut pas d'un côté reprocher aux collectivités de créer trop d'emplois, leur imposer des restrictions financières, leur annoncer leur disparition pour de l'autre leur demander de recruter des seniors ! On voit mal un conseil territorial devant disparaître recruter en CDI des seniors alors qu'il doit faire des centaines de milliers d'euros d économie avant de disparaître.
Reste alors le privé. Demander aux préfectures et aux collectivités de veiller à ce que les entreprises s'engagent à embaucher des seniors dans le cadre du pacte de responsabilité. Mais la logique même du pacte rend impossible cette demande.
En effet la pacte de responsabilité a pour but de rendre les entreprises plus compétitives par le biais d'une baisse de leur cout du travail. Comme les baisses sont concentrées sur les bas salaires elles se doivent de recruter des jeunes qui acceptent les dits bas salaires pour être le plus compétitif possible pour gagner des marchés. Les entreprises ne peuvent donc pas payer les seniors au niveau de rémunération auxquels ils aspirent sous peine de réduire à néant les gains de compétitivité. Et comme les entreprises ne peuvent forcer les seniors a accepter des bas salaires ni prendre le risque de pendre des salariés non compétents elles ne pourront pas embaucher les seniors qui grossissent les rangs des demandeurs d'emploi.
Voilà la réalité du marché du travail aujourd'hui, réalité qui n'augure rien de bon pour l'avenir bien au contraire. |
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( Par gabdel le 26/04/2014
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