Depuis plusieurs années, sous prétexte de réformer le législateur impose, par la force, des lois annoncées comme réformatrice de la société mais qui, en réalité, la cristalise sur un mécontentement général.
Deux exemples : la loi hadopi et la loi sur le mariage pour tous.
La loi HADOPI été sensée lutter contre le téléchargement illégal et protéger les revenus de la création artistique en matière musicale et cinématographique. Cette loi a donné lieu à un débat houleux et a fini par être adopté en 2009. Résultat ? Le téléchargement illégal n'a jamais été aussi florissant. Que ce soit Batman contre Superman ou Capitaine America 3 des films actuellement sortie ou même non encore sortie en salles sont téléchargeables sur internet. Les Visiteurs 3 lui n'a fait l'objet d'aucune présentation presse ou critique de peur d'être piratée avant sa sortie. Le CD quant à lui continue de mourir lentement mais surement.
Mais surtout cette loi a bloqué la société en entérinant le clivage qu'elle sous tend empêchant toute nouvelle réforme ou modification dans ce domaine. Impossible désormais de parler de modifier les règles relatives au téléchargement ou aux droits d'auteur sans déclencher une guerre ouverte dans la société. Résultat un statu quo négatif qui ne convient à personne et qui ne règle rien.
La loi sur le mariage pour tous est exactement pareil. Aujourd'hui il est impossible de statuer ou même d'évoquer une réforme du droit de la famille ou du droit de la procréation du fait de la loi sur la mariage pour tous qui a totalement bloqué la société sur cette question. Impossible de parler de nouveau du statut du "beau-parent". Impossible d'envisager de légiférer sur la PMA et la GPA alors que des centaines d'enfants naissent ainsi chaque année. Non. Encore une loi clivante qui, sous prétexte de réformer la société ne fait que la bloquer en cristallisant une opposition entre les français en ce domaine.
La loi El Khomri prend exactement le même chemin. Une loi inutile et clivante qui va durablement bloquer et empêcher toute réforme en matière de législation du travail dans notre société sans rien permettre bien au contraire. Car le ou les syndicats d'entreprises qui vont s'amuser à signer un ou des accords avec leur entreprise en application de la loi El Khomri vont être mis sous pression et pointé du doigt par l'ensemble de la société médiatique. Aussi au lieu de favoriser le dialogue en entreprise cette loi va, en réalité, bloqué totalement le dit dialogue, les syndicats opposés à tout accord se faisant une joie de lancer dans la presse une alerte pour pointer du doigt l'entreprise à la vindicte populaire et empêcher tout accord.
Mais me direz vous nos gouvernants et nos élus savent cela. Ils en sont conscients et vont tout faire pour empêcher cela. Las non. Ils sont prisonniers de leur image et de la communication.
Ainsi le gouvernement sait qu'il va durablement bloquer et dégrader la situation sociale du pays. Mais il ne peut pas retirer son projet de loi pour des raisons de posture et de communication. Peu importe les dégâts il faut sauver la face et ne pas reculer. Quitte à transformer l'ensemble des jeunes qui demandent à travailler en "cas sociaux" condamnés toute leur vie à se contenter de mutuelle gratuite, allocation logement, bourse et garantie jeune pour survivre et, pour les quelques jeunes qui trouveront un travail, la prime de précarité généreusement donnée par le gouvernement pour maintenir les "cas sociaux" à leur place.
Inutile comme le pense encore certains de compter sur le Conseil Constitutionnel pour empêcher cette dérive. Comme on le constate depuis plusieurs années le Conseil Constitutionnel lui même est devenu un organe politique chez qui la communication prime sur le fond. A aucun moment il peut apparaitre comme l'organe qui empêche les réformes et ce même si les réformes qu lui sont soumises ne sont, en réalité, que des lois mal ficelées et imposées de force détruisant une société au lieu de la réformer.
Rien aujourd'hui ne semble pouvoir arrêtes cette machine à perdre et à bloquer qu'est devenu la procédure législative actuelle.