La faible mobilisation des routiers et des salariés suite à la légalisation des licenciements abusifs montre que peu de personnes ont bien compris ce qui était en jeu aujourd'hui.
Preuve en est trois exemples d'actualité.
1) A Monthy-le-Preux dans le Pas de Calais une usine Caterpillar, rentable, annonce qu'elle va fermer et donc licencier tous les salariés d'ici mars 2018. Bien entendu les délégués du personnel et syndicaux, dont ceux de FO qui soutiennent ouvertement le gouvernement et les ordonnances modifiant le Code du Travail, dénoncent cette fermeture et annoncent vouloir se battre pour une cellule de recrutement correct et retrouver un emploi.
Mais quand vont ils comprendre qu'ils n'ont plus rien pour négocier quoi que ce soit ? L'usine en question ne va pas faire de plan social ou de licenciements économiques la contraignant justement à négocier non elle va procéder à des licenciement abusifs plafonnés et étalonnés jusqu'au mois de mars 2018. Depuis hier on peut licencier en téléchargeant un modèle de lettre sur internet et en pouvant calculer par simulateur le montant maximal des indemnités que l'on risque de devoir verser en cas de condamnation prud'homale pour licenciements abusifs. Donc beaucoup plus simple et économique que de procéder à des licenciements économiques. L'usine licencie sans rien verser ou le minimum. Elle provisionne tranquillement, rappelons que l'entreprise est rentable, le montant des éventuelles condamnations prud'homales et le tour est joué.
2) A Nîmes une salariée d'une Maison de Retraite a été licenciée après avoir dénoncée des actes de violence de la part du personnel sur les pensionnaires. Elle a donc saisi le Conseil des Prud'hommes pour licenciement abusif.
Cette salariée est une femme de 37 ans avec 3 enfants à charge et on ne peut qu'espérer que le délégué syndical ou l'avocat qui la représente lui a bien expliqué que ce qu'elle pouvait désormais obtenir comme indemnité est plafonnée par la loi et ne dépend que de son ancienneté. Pas la peine de faire le discours sur la mère courage qui élève seule 3 enfants et qui aura donc du mal à retrouver un emploi elle ne touchera pas plus que le montant prévu au barème légal. Les licenciements abusifs sont plafonnés, barèmisés et ne dépendant nullement des circonstances objectives et concrètes mais uniquement de l'ancienneté.
3) Les salariés des services client d'Engie sont appelés à la grève ce mardi pour protester contre la délocalisation des activités clientèle et «défendre l'emploi en France". Engie veut en effet délocaliser son service client au Maroc, Sénégal ou au Portugal. 1200 emplois sont en jeu.
A quoi donc jouent les syndicats, dont FO en particulier, puisqu'ils savent qu'ils ne peuvent rien empêcher et au mieux ils vont devoir signer une rupture conventionnelle collective a minima qui va sceller les sort des 1200 salariés en question. Soit ils signent soit Engie procédera à des licenciements abusifs qui lui coûteront bien moins cher qu'un plan de départ volontaire comme on disait il y a encore peu.
Et oui avec la rupture conventionnelle collective les salariés vont juste avoir le choix entre un départ transactionnel avec indémnité minimale mais versée tout de suite et une photo d'Emanuel et Brigitte Macron ou d'être licencié sans motif avec aucune indemnité et l'obligation d'attendre des mois (voir une année et plus) pour obtenir une indemnité de toute façon plafonnée par le Conseil des Prud'hommes.
Avec ces 3 exemples on appréhende la portée des ordonnances publiées et non définitives qui modifient notre Code du Travail et notre sens de ce qu'est la justice sociale. Pour autant le manque de mobilisation laisse craindre qu'elles deviennent définitives et que la justice sociale soit définitivement morte en France en 2017.