Edito : |
" A Bercy c'est l'ordinateur qui décide "
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Bon nombre de personnes ayant voté pour François Hollande et les socialistes doivent se demander ce qui pousse le gouvernement à se renier et à adopter la même politique que Nicolas Sarkozy en matière économique, à savoir une aide financière aux entreprises contre une hausse de la TVA.
La réponse a été donné ce matin sur RTL par Pierre Moscovici : c'est l'ordinateur qui décide.
En fait lorsque le gouvernement envisage de prendre des décisions en matière économique il fait une simulation des effets de cette politique au-travers d'un logiciel qu'il a conçu lui même et dont il est le seul à en déterminer la pertinence. Ainsi Pierre Moscovici a affirmé ce matin sur RTL que l'ordinateur de Bercy a trouvé que la mise en œuvre des mesures adoptées par le gouvernement allait entrainer la création de 300.000 emplois et générer 0,5 % de croissance en plus ! C'est mathématique donc infaillible.
Et pourtant. Pourtant c'est ce même logiciel qui fourni chaque année au gouvernement ses prévisions de croissance pour établir le budget et elles sont quasiment toujours fausses devant être rectifiées en cours d'année. C'est le même logiciel qui poussait Nicolas Sarkozy a annoncer chaque année que le chômage allez baisser alors qu'il n'a cessé d'augmenter.
Même logiciel donc même solution : il faut donner de l'argent aux entreprises et augmenter la TVA. C'est la seule façon de créer des emplois et d'avoir un minimum de croissance. C'est mathématique, carré, non contestable.
Incontestable sauf que les résultats donnés par un logiciel dépendent des données qui lui sont fournies. Si les données sont fausses ou incomplètes le résultat sera forcément faussé.
Ainsi on peut légitiment douter que l'actuel vague de suppressions de postes déguisés en licenciements disciplinaires ou ruptures conventionnelles soit quantifiée et inscrite comme donnée dans le logiciel de Bercy. Ce simple fait fausse considérablement le résultat prétendument attendu en terme de création d'emploi par les mesures annoncées.
Ensuite il faut prendre en compte qu'il est difficile de mesurer en termes informatiques la façon dont les entreprises (qui ont des personnes à leur tête) vont agir ou réagir face aux mesures annoncées. Ainsi les entreprises vont comprendre qu'elles ont oui un crédit d'impôt à partir du 01er janvier 2013, mais un crédit d'impôt est limité dans le temps (3 ans) et il sera de toute façon amoindri par la hausse de la TVA effective au 01er janvier 2014, TVA touchant les produits et services fournis par l'entreprise mais aussi les matières premières et produits intermédiaires nécessaires à la réalisation du produit ou du service. Concrètement les entreprises ne vont bénéficier d'un réel crédit d'impôt que pendant un an, le temps qui précède la mise en place effective de la hausse de la TVA et des impositions écologiques annoncées par le gouvernement pour 2014. Cela ne va donc nullement inciter les entreprises à créer des emplois mais au contraire à amplifier les mesures d'économie et de restructuration pour anticiper 2014.
Le crédit d'impôt offert est donc totalement insuffisant pour inciter les entreprises à recruter en 2013 sauf si l'on réforme complétement le marché du travail et que l'on adopte la "flexisécurité" scandinave.
En effet il résulte d'une étude du DARES parue en septembre 2012 qu'en France trois embauches sur se font se font en CDD (travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/2012-056.pdf). Que la fin du CDD est la première cause de sortie du marché du travail. Conclusion, si des emplois sont créés par les mesures prises par le gouvernement ce ne seront que des emplois précaires couverts par des CDD. Cela l'ordinateur l'a bien intégré et Pierre Moscovici aussi d'où son appel aux entreprises pour conclure rapidement la négociation sur le contrat de travail et d'adopter la "flexisécurité" rapidement.
La "flexisécurité" est, encore une fois, une idée commune au Parti Socialiste et à l'UMP, qui consiste à supprimer les contrats à durée déterminée en contrepartie d'une plus grande liberté pour l'employeur de pouvoir licencier un salarié. Concrètement il s'agit donc de n'avoir qu'un seul contrat de travail : le contrat à durée indéterminée, mais un contrat à durée indéterminée que l'employeur peut rompre sans motif en contrepartie d'une indemnité versée au salarié (indemnité plafonnée à 4 mois de salaire par exemple). L'idée est donc que chaque entreprise puisse recruter sans crainte d'être lié à vie puisqu'elle pourra, à tout moment, licencier qui elle veut et en nombre illimité. En contrepartie le salarié licencié outre son indemnité plafonnée bénéficiera d'une prise en charge financière au titre de l'indemnisation du chômage (90 à 95 % de son salaire) et bénéficiera de formations fiancées par Pôle Emploi dans le but de retrouver au plus vite une activité.
Autrement dit pour que les entreprises soient incitées à recruter en 2013 (en dehors du recours à l'intérim ou au CDD) malgré les mesures annoncées pur 2014 il est impératif que les entreprises sachent qu'elles pourront librement licencier par la suite les salariés ainsi recrutés eu égard de la réalité économique des années suivantes.
Bien entendu l'ordinateur de Bercy ne peut intégrer le succès éventuel de cette négociation ni anticiper sur le détail de la "flexisecurité" éventuellement adopté par les partenaires sociaux. En revanche on peut légitimement douté du bien fondé de l'application de cette "flexisecurité" dans notre pays quand on voit les ravages occasionnés par la mise en place de la rupture conventionnelle depuis son adoption par les partenaires sociaux. Le chômage ne cesse d'augmenter et plus particulièrement le chômage de longue durée. Avec la "flexisecurité" ce sera encore pire les entreprises pouvant librement dégraisser dans une économie nécessitant de moins en moins de travail humain pour prospérer.
Tout ce que l'on sait aujourd'hui c'est donc que voter ne sert à rien, aujourd'hui c'est l'ordinateur de Bercy qui décide et personne d'autre...
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( Par gabdel le 07/11/2012
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