Edito : |
" Mais au fait c'est quoi la flexibilité en entreprise ?"
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Q : C'est quoi la flexibilité dans l'entreprise ?
R : La flexibilité dans l'entreprise consiste dans la capacité pour une entreprise à s'adapter en interne à l'évolution du marché dans laquelle elle se situe (donc de l'évolution de la demande de ses clients et des clients potentiels et de l'offre de ses concurrents) pour maintenir voir accroitre ses ventes (ou prestations de services) pour maintenir ou augmenter ses gains.
Q : Pourquoi parle t on aujourd'hui autant de flexibilité ?
R : On en parle parce que les autorités européennes ont décrété qu'augmenter la flexibilité des entreprises était la seule manière de sortir l'Europe et donc la France de la crise qui la touche actuellement. Pour les tenants de cette théorie seule la libéralisation totale du marché du travail en Europe peut permettre à l'Europe de renouer avec la croissance économique. Cette libéralisation a été faite en Grèce, en Espagne, au Portugal et en Italie c'est donc à la France de l'appliquer. Aussi François Hollande impose actuellement au patronat et aux syndicats de négocier pour trouver un accord réformant le marché du travail en France (donc les contrats de travail) devant permettre aux entreprises d'être plus flexibles et donc plus compétitives sur le marché intérieur mais aussi à l'exportation.
Q : Mais ne vient on pas déjà de réformer le marché du travail en France ?
R : Si absolument. La dernière réforme ne date que de 2008. Elle est basée sur l'accord du 11 janvier 2008 sur la modernisation du marché du travail et la loi du 25 juin 2008 portant modernisation du marché du travail. L'une des principales innovation de cette réforme est d'avoir créé la rupture conventionnelle du contrat de travail, c'est-à-dire la possibilité pour un employeur de mettre fin au contrat de travail d'un salarié à condition d'avoir son accord. Autrement dit on a facilité la possibilité de rompre les contrats de travail pour un employeur dans le but de permettre aux entreprises de pouvoir faire varier plus facilement leur masse salariale donc d'être plus flexible.
Q : Si la réforme du marché du travail est si récente pourquoi en faire une nouvelle ?
R : Parce que pour les tenants de la théorie de la flexibilité cette réforme n'a servi à rien. Elle n'a fait que transformer les licenciements économiques en ruptures conventionnelles sans pour autant augmenter suffisamment la flexibilité dans les entreprises. Il est donc nécessaire de faire une nouvelle réforme pour augmenter encore la flexibilité des entreprises donc de pouvoir licencier encore plus facilement et de pouvoir contraindre les salariés à accepter de nouvelles exigences sous peine de licenciement.
Q : Quelles exigences ? :
R : De travailler plus d'heures pour un salaire identique, de travailler dans des lieux différents et éloignés (parfois de plusieurs centaines de kilomètres) sans indemnités particulières, de travailler le dimanche et les jours fériés, de faire un autre travail que le travail pour lequel on est normalement formé et payé en plus de son travail normal (polyvalence du salarié), d'avoir une baisse de sa rémunération ne serait ce que par le gel de son salaire (voir la baisse dans certains cas), d'être licencié du jour au lendemain sans aucun motif.
Q : Sur quels fondements imposer de telles choses aux salariés ?
R : Sur le fondement de la loi et des accords d'entreprise. La loi d'abord qui, en plafonnant les indemnités dues en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, va permettre à l'employeur de licencier n'importe quel salarié à n'importe quel moment en lui remettant simplement un chèque. Fort de ce pouvoir total et absolu l'employeur va pouvoir négocier des accords d'entreprise imposant des exigences drastiques en terme de flexibilité aux salariés et ce simplement en évoquant les difficultés supposées de l'entreprise et donc le risque de recourir à des licenciements voir la fermeture de l'entreprise.
Q : Pour quels résultats ?
R : Une hausse spectaculaire et continue du nombre des ruptures de contrat de travail donc du chômage. Cette hausse est d'ailleurs totalement acceptée et anticipée par le gouvernement français qui, outre le recrutement de 2.000 conseillers supplémentaires à Pôle Emploi, ne cesse de clamer haut et fort que le chômage va continuer d'augmenter tout au long de l'année 2013. C'est donc le délai nécessaire, selon le gouvernement, pour les entreprises de se restructurer et d'augmenter leur flexibilité en licenciant massivement et/ou en faisant signer des accords de flexibilité interne imposant les exigences énoncées plus haut.
Hypothétiquement, car ce n'est nullement certain, permettre ainsi aux entreprises de conquérir des parts de marché donc d'augmenter leurs ventes et prestations de services et donc éventuellement de recommencer à embaucher en 2014.
Q : Tout ceci ne repose donc que sur des théories, des hypothèses virtuelles ?
R : Oui. Et le pire c'est que cela repose sur les théories et hypothèses émises par les mêmes économistes et autres experts qui n'ont pas anticipé, voir même parfois provoqué, les crises successives que nous connaissons depuis plus de 30 ans (pour se limiter à l'après guerre).
Q : Mais ce sont des experts, des énarques, des économistes de haut rang qui préconisent ce remède ?
R : Absolument. Ce sont les mêmes qui, encore une fois, n'ont pas anticipé voir provoqué les crises successives mais aussi ceux qui sont au chevet de la Grèce, de l'Espagne et de l’Italie depuis plusieurs années avec l'insuccès que l'on connait. Preuve en est que la crise s'étend et que c'est maintenant la France qui doit passer sous la tutelle financière et européenne et subir l'austérité. En fait les experts et économistes actuels sont à la société ce qu'était les médecins pour les hommes du temps de Molière à savoir des sachants, des experts, pour qui seuls la saignée et le lavement pouvaient guérir un malade ou un blessé.
Q : Le remède risque donc d'être pire que le mal ?
R : Oui c'est certain. La vague de licenciements et des accords de flexibilité va engendrer une chute du pouvoir d'achat, donc de la consommation des ménages, chute qui doit absolument être compensée par une augmentation proportionnelle, voir supérieure, des exportations pour permettre aux entreprises d'augmenter leurs bénéfices et donc de faire repartir la croissance. Tout repose en fait sur une éventuelle reprise de la croissance mondiale, reprise basée sur le redémarrage de l’économie américaine liée à l'indépendance énergétique qu'elle va prochainement atteindre grâce au gaz de schiste.
Q : Il y a donc de bonnes raisons de penser que cela va fonctionner ?
R : Non et ce pour deux raisons. La première c'est que les autorités européennes attendent trop de la seule reprise américaine pour se relancer. Il faut bien comprendre que les USA sont hyper endettés et sont notamment embarrassé par cet endettement vis-à-vis de la Chine qui achète massivement de la dette américaine. La priorité des USA ce ne sera donc pas de favoriser la croissance en Europe mais de se désendetter pour cesser cette dépendance financière avec la Chine. De plus les pays émergents (comme le Brésil notamment) vont tout faire pour capter le maximum de cette croissance nouvelle et donc vont empêcher l'Europe d'en bénéficier.
La seconde c'est que le gouvernement français sous estime le nombre de licenciements et donc de restructurations qui vont avoir lieu si la rupture du contrat de travail est ainsi libéralisée. Surtout il faut bien comprendre que nombre de ceux qui vont ainsi perdre leur travail n'intéresseront plus les entreprises au moment de la reprise théorique. Ils vont donc peser sur les budgets sociaux et donc imposer la remise en cause des aides sociales (ce que la Droite Forte appel «l'assistanat ») pour ne pas devoir augmenter les charges sociales et les impôts donc d'accroitre encore la baisse de la demande intérieure et le manque de compétitivité des entreprises.
Q : Peut on éviter la catastrophe ainsi annoncée ?
R : Peu de chances. Seule une mobilisation des citoyens sans précédent dans le rue et la paralysie généralisée peut éventuellement faire infléchir cette politique. Une simple mobilisation, comme cela a été démontré avec la réforme des retraites, ne servira à rien. Il faut bien comprendre que François Hollande et le gouvernement sont pleinement conscients de tout ceci et ont décidé, sans aucun remords, de sacrifier massivement des personnes, des familles, dans l'espoir d'en sauver quelques unes. Le système institutionnel a d'ailleurs été adapté en ce sens. Avec la réforme du quinquennat l'élection présidentielle a lieu la même année que les élections législatives garantissant au Président élu d'avoir la majorité à l'Assemblée Nationale. Autrement dit le Président élu dispose de fait du pouvoir exécutif et législatif et ce pour cinq ans. La Commission Jospin propose même de renforcer encore cette confusion des pouvoirs en rapprochant encore dans le temps l'élection présidentielle et les élections législatives. François Hollande vient d'être élu il dispose donc de 2 à 3 ans pour prendre toutes les mesures impopulaires qu'il veut sans sanction démocratique possible. François Hollande a d'ailleurs déclaré lors de sa conférence de presse qu'il ne travaille pas pour la génération actuelle qu'il considère comme perdue mais pour la prochaine.
Q : Pourquoi écrire un tel dialogue imaginaire ?
R : C'est tout à la fois un cri d'alarme qui est lancé, mais aussi une bouteille à la mer et un témoignage pour le futur lorsque l'on aura le résultat de cette belle logique.
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( Par gabdel le 17/11/2012
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